le réalisme

Le réalisme est un courant littéraire apparu en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle (vers 1850 et 1890 plus exactement), notamment en France et en Grande-Bretagne. Il cherche à dépeindre la réalité telle qu'elle est, sans artifice et sans idéalisation, choisissant ses sujets dans la classe moyenne ou populaire, et abordant des thèmes comme le travail salarié, les relations conjugales, ou les affrontements sociaux. Il s'oppose ainsi au romantisme, qui a dominé la première moitié du siècle, et au classicisme. Il s'étendra ensuite à l'ensemble de l'Europe et à l'Amérique, où il survivra jusque dans les années 1930. Les courants qui ont supplanté le réalisme incluent le symbolisme, le parnasse et le surréalisme.

Le réalisme en France

Le courant réaliste est apparu en France entre 1850 et 1890. Il s’oppose alors au romantisme de la première moitié du siècle.

Entre les deux concepts: réalisme versus romantisme, il convient, en littérature, de laisser le champ libre à une forme d'œuvres qui oscillent entre les deux.Citons notamment Stendhal, précurseur de la littérature-miroir, proche d'un romantisme violent avec le personnage de Julien Sorel, ou feutré avec La Chartreuse de Parme. Et aussi Balzac, proche d'un réalisme romantique avec le personnage de Lucien de Rubempré ou du roman poétique avec Le Lys dans la vallée. Mais ces nuances ont mis du temps à voir le jour. « Stendhal et Balzac avaient pu paraître des anti-Lamartine: on s'apercevait qu'ils étaient mieux pris. Dès lors, le réalisme va être la mise en cause du scientisme et du prométhéisme, du mérite et de la valeur des œuvres humaines qui avaient structuré l'effort antérieur[1] »

Le concept du réalisme se manifeste aussi bien en littérature avec Champfleury et Louis Edmond Duranty, et par la suite Émile Zola et Guy de Maupassant, qu’en peinture avec Gustave Courbet. En effet, ce terme fut utilisé pour la première fois, presque comme une insulte, par les critiques à propos d'un tableau de Courbet, le fameux Enterrement à Ornans. Cette conception du réalisme, en littérature, aboutit en 1880 à la théorisation du naturalisme par Émile Zola.

Les précurseurs du réalisme social (associé au parcours amoureux) au siècle précédent sont Marivaux avec le Paysan parvenu (1735) ou la Vie de Marianne (1741), l'abbé Prévost avec Manon Lescaut (1731) ou Restif de la Bretonne avec le Paysan perverti (1775).

Le réalisme, en littérature comme en peinture, tranche nettement avec l’enseignement de l’Académie : les artistes « réalistes » refusent toute espèce d'idéalisme mensonger, qui donne de la réalité humaine et sociale une vision aseptisée, à la fois incomplète et fausse. Mais ces changements ne sont pas du goût de tous : on leur reproche leur vulgarité, leur manque de « goût », voire leur obscénité. La polémique prend une telle ampleur que Madame Bovary, le célèbre roman de Gustave Flaubert, pourtant très critique à l'égard du réalisme, mais embrigadé malgré lui dans ce courant, est traduit en justice pour immoralité en 1857, la même année que Baudelaire pour ses Fleurs du mal. De même Zola, le fondateur du naturalisme, est tympanisé dans tous les journaux bien-pensants, ce qui n'empêche pas ses romans de très bien se vendre. Les grands romanciers dont il se réclame, Balzac et Stendhal – que l'on redécouvre dans les années 1880 – connaissent aussi un vif succès auprès du public, succès qui s’étend à toute l’Europe.

Zola insiste beaucoup sur l'influence de l'hérédité et de l'éducation, et s'appuie sur des théories qui, pour avoir été inspirés par la médecine expérimentale de Claude Bernard, se veulent scientifiques pour peindre une réalité souvent crue. Aussi les Rougon-Macquart provoquent-ils un scandale, en décrivant par exemple l'alcoolisme et la prostitution, ce qui contribue à leur assurer de gros tirages. Mais peu après le naturalisme semble s'épuiser et perdre de son influence. En 1891, dans la célèbre enquête de Jules Huret sur l'évolution littéraire, la majorité des hommes de lettres interrogés s’accordent sur le fait que le naturalisme français a fait son temps. Des romanciers, qui se piquent de psychologie ou s'inscrivent dans la mouvance symboliste, semblent devoir succéder aux romanciers réalistes. Quant à des romanciers indépendants de toute école, tels Octave Mirbeau ou Joris-Karl Huysmans, qui ont subi un temps l'influence du réalisme/naturalisme littéraire, ils s'en affranchissent vite et ils remettent en cause ses présupposés pour tracer des voies nouvelles.

Ce que l'on reproche alors au réalisme, c'est sa superficialité et son incapacité à percevoir la profondeur des êtres et des choses pour s'attacher à des détails (le fameux « bouton de guêtres ») ; c'est sa prétention naïve à peindre objectivement le monde, à travers des verres qui ne seraient pas déformants ; c'est aussi son refus de l'art, accusé de mensonge, au nom de la vérité sacralisée.

Malgré cette défaite, le naturalisme se perpétue à l’étranger, où des auteurs prennent exemple sur le naturalisme français antérieur : ainsi le naturalisme belge donne naissance au livre Sedan de Camille Lemonnier qui fut dédié au maître réaliste, Émile Zola.

Les mots réalisme et naturalisme sont, certes, proches, mais ne signifient pas tout à fait la même chose pour autant. En effet, quand Champfleury parlait de réalisme, il désignait simplement la littérature du vrai, la volonté de reproduire le réel. C’est Émile Zola qui en premier utilisa le terme naturalisme en 1880 dans son célèbre essai Le Roman expérimental. Émile Zola donne alors une nouvelle dimension au réalisme, il y ajoute une facette qui se prétend scientifique et qui est supposée permettre une analyse objective de problèmes ou de faits tels que l’hérédité et l’alcoolisme.

Noms des auteurs et œuvres

Stendhal, théoriquement père du réalisme et pourtant si éloigné de la définition du réalisme stricto sensus ave Le Rouge et le noir.

Il est maintenant certain que c'est dans le roman que s'affirme le plus le courant réaliste (voir les auteurs susnommés). Mais celui-ci se manifeste aussi en poésie, dans les oeuvres de Banville, de Leconte de Lisle et des parnassiens, au théâtre, on le rencontre chez Eugène Scribe, Augier, Dumas-fils, Pailleron etc., et enfin dans la critique et l'histoire chez Renan, Hippolyte Taine et Fustel de Coulanges.

Et il ne se limite plus au XIXe siècle, mais se poursuit bien au delà avec des auteurs contemporains comme Marcel Proust, Franz Kafka, Michel Butor. [2]

Le réalisme en Grande-Bretagne

Tout comme en France, le réalisme anglais trouve ses racines au XVIIIe siècle, par exemple dans les romans d'Henry Fielding, qui décrivent la racaille de Londres, ou encore chez Tobias Smollett. Le mouvement prend de l'ampleur au milieu du XIXe siècle, et de grands auteurs comme Thomas Hardy, D.H. Lawrence, George Eliot ou l'Irlandais George Moore s'inscrivent pleinement dans le mouvement réaliste, en s'attardant aux milieux ouvriers, aux relations adultères et à la classe des domestiques, alors que leurs prédécesseurs posaient leurs intrigues parmi les familles aisées de la campagne ou les professionnels ou les gens d'Église. Le scandale sera aussi de la partie : le dernier roman de Hardy, Jude l'obscur, publié en 1895, est très mal reçu en raison de son traitement de la sexualité et de ses critiques acerbes du mariage, de l'université et de l'église. Déçu, Hardy abandonne alors la prose et consacre ses dernières années à la poésie.

Le réalisme à travers le monde

La traduction de Flaubert, Stendhal et Zola créera des émules à travers le monde. En Italie se développe un courant réaliste national appelé le vérisme et illustré par les écrivains siciliens Giovanni Verga et Luigi Capuana. Ces auteurs dépeignent les classes populaires de la société, dans les régions périphériques du pays, dans un style dépouillé et avec des dialogues reflétant la langue parlée. Le courant se poursuit dans les premières années du XXe siècle avec des romanciers régionalistes, comme Matilde Serao à Naples, Renato Fucini en Toscane, et Grazia Deledda en Sardaigne. En Espagne, Benito Pérez Galdós, à côté de ses très nombreux romans historiques, écrit plusieurs romans sociaux d'inspiration balzacienne, tout comme Camilo Castelo Branco et Eça de Queiroz au Portugal dans les mêmes années.

En Scandinavie et en Russie, le mouvement est repris par des auteurs dramatiques, qui s'inspirent de faits quotidiens pour leurs pièces et représentent des gestes et des paroles tirés de la vie de tous les jours. Le Norvégien Henrik Ibsen, le Suédois August Strindberg, et les Russes Anton Tchekhov et Maxime Gorki écrivent des pièces qui restent encore aujourd'hui parmi les plus jouées du répertoire en suivant les enseignements du réalisme.

Le réalisme traverse ensuite l'Atlantique avec quelques décennies de retard - le temps que les œuvres des auteurs français et anglais cités fassent leur chemin dans une société somme toute conservatrice. Aux États-Unis, le courant réaliste est associé au mouvement progressiste, qui cherche à réformer les conditions de vie, d'hygiène et de travail des classes laborieuses en dénonçant les abus du « capitalisme sauvage » qui atteint son apogée dans les années 1890. Upton Sinclair expose les conditions infâmes des abattoirs de Chicago dans The Jungle, publié en 1906, tandis que Theodore Dreiser décrit la vie difficile d'une femme de la classe ouvrière dans Jennie Gerhardt (1911), et la chute d'une femme issue d'une petite ville et happée par les tentations et les dangers de New York dans Sister Carrie (publié en 1900, mais diffusé seulement après 1912). Sinclair se tourne rapidement vers la politique, mais Dreiser poursuit sa carrière d'écrivain, et est rejoint par Sinclair Lewis qui dans Main Street dépeint une Madame Bovary américaine. Le mouvement se poursuit au Canada anglais dans les années 1920 et 1930 avec Frederick Philip Grove et Morley Callaghan, et en Amérique latine avec entre autres l'Argentin Manuel Gálvez.

Le réalisme-socialiste

Alors que le mouvement réaliste touche à sa fin, apparaît un de ses avatars qui en prolongera la durée pendant quelques années. Le succès de la Révolution russe d'octobre 1917 amène le premier gouvernement communiste au pouvoir. Le gouvernement se veut prolétaire et exalte une littérature qui dépeint la classe ouvrière et sa lutte pour renverser les conditions qui l'oppriment. Bientôt, le réalisme socialiste soviétique devient le seul mouvement littéraire admis en URSS, tous les autres étant taxés de réactionnaires et bourgeois. Le mouvement s'étend après la Seconde Guerre mondiale alors que l'emprise de l'URSS s'étend aux pays d'Europe de l'est et que son régime devient un pôle d'attraction à travers les pays qui cherchent à échapper à la colonisation. D'un point de vue littéraire, le réalisme socialiste n'a pas été un grand succès: son soi-disant chef d'œuvre, Le Don paisible de Mikhaïl Cholokhov ne répond pas vraiment aux critères du mouvement, tandis que les romans qui obéissent strictement à ses canons, comme ceux de Fédor Gladkov sur l'industrialisation du pays, deviennent rapidement de simples curiosités historiques. En fait, le terme est surtout associé à la répression sévère des écrivains dissidents menée par Andreï Jdanov au lendemain de la guerre. Cependant, quelques écrivains d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique, parmi ceux décorés du Prix Lénine pour la paix pour leur obéissance au réalisme socialiste, ont une valeur indéniable, comme l'Égyptien Abd al-Rahman al-Charqawi, le Cubain Nicolas Guillen ou le Brésilien Jorge Amado (dans sa première période) par exemple. On peut également citer le poète chilien Pablo Neruda, mais cet écrivain immense saurait difficilement être confiné à un seul courant littéraire. Le mouvement disparaît dans les années 1960, alors que les écrivains dissidents dominent la vie littéraire de l'Europe socialiste malgré leur difficulté à accéder aux canaux de distribution officiels

 

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